Jusqu’à 900 personnes sans-abri ont pu chaque soir bénéficier gratuitement des services du Samusocial, dans le cadre de l’accueil hivernal, soit :
o Un repas chaud et un petit-déjeuner;
o Un accès aux sanitaires (douches, WC) ;
o Des consultations sociales, psychologiques et infirmières (bilans, suivis, accompagnements et orientations) ;
o Une permanence médicale assurée par les médecins et infirmiers de notre partenaire, Médecins du Monde.
Au total, ce sont ainsi 73.607 hébergements qui ont été ventilés entre deux plans :
-Du 15 novembre au 31 mars : le plan hivernal pour personnes sans-abri de la Région bruxelloise dont l’accueil était réparti entre le bâtiment de la rue Royale et le centre permanent du Samusocial, tous deux situés à Bruxelles-Ville.
-Du 31 janvier au 31 mars, le plan humanitaire fédéral ouvert dans le bâtiment de l’ONEM situé à la Chaussée de Charleroi à St Gilles.
• Le plan hivernal de la Région bruxelloise :
Le plan hivernal de la Région a ainsi permis d’ouvrir plus de 400 places supplémentaires :
-De 350 à 390 places pour hommes seuls dans le bâtiment situé à la rue Royale.
-Le renforcement de la capacité d’accueil de notre centre permanent de 110 à 150 places (soit 40 places supplémentaires à la capacité permanente) pour les familles, les femmes seules et les hommes les plus fragiles.
-Par la suite, 22 places ont également été ouvertes pour des familles autonomes dans le bâtiment de Woluwé-Saint-Lambert mis à disposition par la commune. Ce bâtiment pourra rester ouvert jusqu’à la fin du mois d’avril 2012.
• Le plan humanitaire fédéral :
Le plan humanitaire a permis d’ouvrir dès le 31 janvier jusqu’à 400 places supplémentaires à la chaussée de Charleroi pour l’accueil de toutes les personnes et a permis au Samusocial d’avoir une politique de non-refus pour toutes les personnes qui étaient en danger en restant dehors. Un accueil inconditionnel a donc pu être assuré à tous, dans le respect de l’anonymat et sans tenir compte du statut ou de l’origine de la personne en demande d’aide.
• Le dispositif mobile d’aide :
Nos équipes mobiles d’aide, les maraudes, ont également été renforcées pour augmenter autant que possible leur couverture d’intervention visant à aller à la rencontre des personnes les plus fragiles et/ou réticentes à demander de l’aide. C’est ainsi une équipe mobile supplémentaire qui sillonnait la région chaque nuit de 20h à 6h grâce à un complément de subside du département Intégration Sociale du gouvernement fédéral.
LA FIN DE L’HIVER , LE RETOUR À UN NOMBRE INSUFFISANT DE PLACES STRUCTURELLES :
• La capacité d’accueil passe de 900 places à 110 places…
Le plan froid est fini, le Samusocial doit laisser près de 800 personnes à la rue…
En effet, comme chaque année, le retour du printemps marque la fin d’un travail de secours et d’accompagnement qui, faute de moyens et de détermination politique, est brutalement stoppé dès lors que la question de la survie ne se pose plus.
L’accueil hivernal a permis de développer des actions de suivi et d’accompagnement médico-psycho-social avec des personnes qui ne font plus la démarche de demander de l’aide quand la capacité d’accueil est trop réduite, leur demande étant trop souvent découragée par un refus d’hébergement.
L’arrivée du printemps nous contraint cependant à mettre brutalement un terme à ce long travail qui repose sur la confiance. A l’approche de la fermeture des centres hiver, les équipes du Samusocial s’inquiètent du sort de ces personnes qui se retrouvent livrés à leur situation du jour au lendemain…
Si la mise à l’abri de toute personne sans logement semble évidente durant les périodes hivernales, ces personnes présentent pour la plupart un problème social et/ou de santé qui nécessite une réponse structurelle.
• 110 places d’accueil et… 188 personnes en situation d’extrême vulnérabilité.
Au terme de cet hiver, un travail de recensement et de screening a été effectué par les équipes et nous a permis de dresser une liste complète des situations vécues par les publics aidés. Le Samusocial s’inquiète particulièrement du sort de 188 personnes identifiées comme étant extrêmement vulnérables (familles avec enfants, personnes âgées, malades, femmes enceintes, …) et dont le nombre dépasse aujourd’hui largement la capacité permanente d’hébergement d’urgence à Bruxelles.
A défaut de pouvoir offrir un hébergement à toutes les personnes sans-abri durant toute l’année, dès demain l’accueil prioritaire et nécessaire de 188 personnes encore plus vulnérables ne pourra se faire par manque de détermination politique pour enrayer l’évolution de la grande exclusion dans notre région…
D’autres situations nécessitent également un accueil prioritaire : les situations d’urgences ponctuelles. L’occupation de la pleine capacité pour des cas de personnes fragiles, limite les possibilités d’accueil pour des situations d’urgence ponctuelles (expulsions du logement, incendie, problèmes familiaux, …) pour lesquelles un accompagnement appuyé permettrait pourtant une sortie rapide de la rue. Ne pas disposer des moyens d’accueillir en urgence ces personnes, c’est augmenter encore le nombre de personnes chronicisées dans l’errance. Cercle vicieux…
« Une personne qui est expulsée de son logement mais qui a encore un emploi doit pouvoir bénéficier d’une place d’hébergement en urgence. Quelques nuits passées en rue suffisent pour perdre son emploi…. Et là, c’est la chute…» Un travailleur social.
Il manque donc plus de 100 places structurelles au Samusocial afin de pouvoir mener sont travail d’aide d’urgence aux personnes sans-abri de Bruxelles.
Interpellations :
• La grande exclusion augmente dans la Capitale alors que depuis 10 ans, le nombre de lits en urgence sociale est resté le même. Nous assistons à un phénomène d’accroissement général de la population sans-abri, notamment le public des familles et des femmes isolées (plus de 85 femmes accueillies chaque soir) qui sont en augmentation constante. Cette année, la croissance du public des femmes isolées est telle que nous n’avons plus assez des places pour pouvoir toutes les mettre à l’abri.
• Le nombre de places structurelles en urgence sociale doit impérativement être augmenté afin de ne pas avoir à faire de choix impossibles entre les personnes physiquement fragiles, les femmes isolées et les situations d’urgence ponctuelle (femmes victimes de violences conjugales, familles expulsées du logement, problèmes familiaux, …).
« Comment fait-on pour expliquer à une femme seule qu’elle doit dormir dehors car toutes les places sont déjà occupées par des personnes encore plus fragiles ? » Un travailleur social.
• Les 110 lits permanents du Samusocial doivent être utilisés pour la prise en charge de l’urgence et non pas pour des situations qui relèvent davantage de la stabilisation. Le Samusocial, comme service d’urgence sociale, pourrait consolider davantage son action si des dispositifs relais existaient en suffisance. Nombreuses sont les personnes identifiées comme vulnérables dont la situation nécessite une place en lit de revalidation ou « lit Halte Soins de Santé ».
Il manque de structures innovantes de type « centres de stabilisation » ou « centre d’urgence de revalidation» (à l’intersection entre l’hôpital et l’hébergement d’urgence) .
Ce type d’accueil permettrait au Samusocial de ne pas engorger son centre d’urgence avec des situations qui requièrent une prise en charge permettant la stabilisation et éviterait de devoir laisser aujourd’hui à la rue :
-des familles avec enfants qui ont besoin d’une mise à l’abri et d’un cadre d’accompagnement ;
-des femmes aux situations parfois très lourdes (pathologies psychiatriques ou physiques, toxicomanie, jeunes filles en rupture, personnes âgées chronicisées dans l’errance, …) qui sont plus exposées au risque d’agressions, vols et viols ;
-des hommes fragiles, malades ou âgés, présentant des problèmes psychiatriques parfois lourds (syndrome de Korsakoff, schizophrénie, sénilité) et qui sont en danger immédiat s’ils doivent passer la nuit en rue.
• Nous manquons cruellement d’une structure permanente permettant une prise en charge distincte et de qualité pour les familles et enfants qui se retrouvent à la rue, ceci afin d’éviter une confrontation trop brutale entre des publics présentant des situations très différentes.
Cela fait maintenant des années que nous partageons les mêmes constats : l’augmentation de la population vivant la grande exclusion et le manque criant de réponses structurelles…
Nous tenons à saluer la bonne collaboration qui a eu lieu avec nos différents partenaires présents sur le terrain durant cet hiver : le CPAS de Bruxelles-Ville - les Ministres de la Commission Communautaire Commune de la Région bruxelloise - la Secrétaire d’Etat à l’Intégration Sociale, à l’Asile et aux Migrations - les communes de Bruxelles, St Gilles, Ixelles, Molenbeek et Schaerbeek et leurs CPAS – BRAVVO et les agents de prévention et de sécurité de Bruxelles-Ville - la Police Fédérale - les hôpitaux – les ALE – la Croix-Rouge – la Protection Civile – le Centre de Crise Fédéral – la Brussels Hotel Association (BHA) – la RTBF pour sa campagne « Hiver 2012 » - Médecins du Monde, notre partenaire de toujours – et tous les autres qui ont contribué au bon déroulement de l’accueil hivernal des personnes sans-abri de Bruxelles.
REPORTAGE-VIDEO - Télé-Bruxelles - JT du 28 mars 2012 - Stéphanie Triest et Anaïs Letiexhe
Intervenants:
- Yvan Mayeur, président du Samusocial
- Stéphane Heymans, responsable des projets belges – Médecins du Monde
- Pascale Peraita, directrice du Samusocial
source: http://www.youtube.com/watch?v=9e077P3T3yc